Dès 1804, en parlant des palmistes de la Réunion, Bory de Saint-Vincent prédisait : « il devient rare autour des quartiers ; et bientôt il sera relégué dans les lieux inaccessibles, capables seuls de le mettre à l’abri de notre gloutonnerie ». Aujourd’hui, plus de deux siècle plus tard, force est de constater que Bory de Saint-Vincent avait raison. Le palmiste blanc (Dictyosperma album (Bory) H.Wendl. & Drude ex Scheff., 1875) a quasiment disparu de nos forêts et les palmistes rouges (espèces du genre Acanthophoenix H.Wendl., 1867) ont régressé de façon dramatique. Si on trouve parfois, ça et là des jeunes individus sauvage, les spécimens adultes ne peuvent s’observer que de loin, perchés à flanc de falaise, inaccessibles.

A l’époque, ce que Bory de Saint-Vincent ignorait, c’est que les palmistes de la Réunion sont la nourriture exclusive de certaines espèces d’insectes dont deux au moins sont aujourd’hui menacées : le phasme du palmiste (Apterograeffea reunionensis Cliquennois & Brock, 2002) et le criquet du palmiste (Pyrgacris descampsi Kevan, 1976). Ces deux espèces doivent une fière chandelle à Nicolas Cliquennois, entomologiste amateur, spécialiste des phasmes de la région malgache. En effet, N. Cliquennois, lors de ses prospections à la recherche des phasme réunionnais, a découvert puis décrit le phasme du palmiste et redécouvert le criquet du palmiste, qui lui était connu depuis 1976. Ainsi, ces deux espèces sont aujourd’hui connues des scientifiques qui peuvent les étudier et surtout alerter le grand public et les organismes public chargés de la protection du patrimoine naturel.

Une première étape a été l’inscription de ces deux insectes sur les listes rouges de l’Union Internationale pour la Conservation de la Nature (UICN). Les deux espèces sont classées en danger critique d’extinction (CR), le phasme sur la liste de la Réunion et le criquet sur la liste mondiale. A l’époque, l’AReE avait rédigé la fiche du phasme du palmiste rouge, en collaboration avec N. Cliquennois. Cependant, depuis, aucune mesure de protection particulière n’existe pour l’une ou l’autre de ces espèces.

En 2020, l’Association réunionnaise d’Ecologie (AReE) a entrepris de lancer un programme d’action en faveur du phasme du palmiste. L’objectif est de participer à une meilleure connaissance et à la conservation de cette espèce emblématique. les premiers résultats sont attendus pour le second semestre 2021. L’objectif est d’améliorer de façon significative le statut de conservation de cette espèce d’ici 2025. #ReverseTheRed

Bibliographie :
CLIQUENNOIS, N. & BROCK, P. D. 2002. Apterograeffea, un nouveau genre de Phasme de la Réunion et de l’île Ronde (Phasmatodea, Platycraninae). Bulletin de la Société entomologique de France, 107(4): 387-395.
HUGEL S. 2005. Redécouverte du genre Pyrgacris à l’île de la Réunion : description du mâle de P. descampsi Kevan, 1975 (Orthoptera, Caelifera). Bulletin de la Société entomologique de France 110(2) pp. 153-159